Sucre et vieillissement de la peau : ce que la glycation fait à ta peau
PEAU MATURE
Le sucre agit sur le vieillissement de la peau par la glycation : des molécules de sucre comme le glucose et le fructose se fixent, sans l’intervention d’une enzyme, sur le collagène et l’élastine du tissu conjonctif. Il en résulte des produits de glycation avancée, les AGE (de l’anglais Advanced Glycation End Products), dont certains relient les fibres de collagène entre elles et les rigidifient. Ce processus a lieu dans tout organisme et s’amplifie avec l’âge ; une glycémie durablement élevée l’accélère. Dans le vieillissement visible de la peau, la glycation est un facteur parmi d’autres, et les UV restent le levier le plus important. Enfin, aucune crème ne dissout les AGE une fois formés.
Qu’est-ce que la glycation, et qu’arrive-t-il au collagène de la peau ?
La glycation est une réaction chimique au cours de laquelle des sucres se lient à des protéines sans l’aide d’une enzyme ; dans la peau, il s’agit surtout du collagène et de l’élastine du derme. Au départ, la liaison reste lâche, puis, avec le temps, elle donne naissance à des produits finaux stables, les AGE. Dans Clinics in Dermatology, le dermatologue Frank Danby décrit ainsi l’étape décisive : le sucre relie solidement deux fibres de collagène, qui ne peuvent ensuite plus être réparées facilement. Normalement, le collagène forme un réseau de fibres qui glissent les unes contre les autres et se renouvellent en permanence. Une fois soudées, ces fibres deviennent plus rigides, plus cassantes et se dégradent moins bien. Une revue de Nguyen et Katta parue dans Skin Therapy Letter attribue en partie à la glycation certaines caractéristiques typiques de la peau âgée, comme une moindre résistance aux contraintes mécaniques et une cicatrisation moins efficace. La glycation n’a d’ailleurs rien d’un cas particulier réservé aux gros consommateurs de sucre : elle se produit dans tout organisme, tant que du sucre circule dans le sang. La question n’est pas de savoir si elle a lieu, mais à quelle vitesse.
Si le collagène y est particulièrement exposé, c’est en raison de sa longévité. Une étude publiée dans le Journal of Biological Chemistry a calculé pour le collagène cutané une demi-vie de 15 ans. Plus une protéine reste longtemps dans les tissus, plus les molécules de sucre ont le temps de s’y fixer. La glycation est donc une pièce du tableau plus large du relâchement cutané du visage, quand la peau perd en fermeté, mais pas sa seule cause.
Le sucre donne-t-il vraiment des rides, ou est-ce un mythe ?
Que le sucre donne des rides n’est ni un mythe ni un fait prouvé : le mécanisme est bien établi sur le plan biochimique, mais chez l’être humain, il manque la preuve directe que davantage de sucre au quotidien se traduit par des rides plus marquées, de façon mesurable. Ce qui est établi, c’est que les AGE augmentent avec l’âge dans le collagène cutané et qu’un taux de sucre élevé accélère la réaction. Danby écrit que le processus s’accélère dans tous les tissus lorsque le taux de sucre est élevé. On ignore en revanche ce que change une part de gâteau ou une boisson sucrée par jour sur la profondeur des rides quand le métabolisme est sain. Pour le savoir, il faudrait des études contrôlées menées sur de nombreuses années, et elles n’existent pas. Nguyen et Katta qualifient d’ailleurs expressément de préliminaires les études sur les stratégies alimentaires contre le vieillissement cutané lié à la glycation. L’expression « rides du sucre », « sugar sag » en anglais, désigne donc davantage une hypothèse plausible qu’un diagnostic. Si tu veux t’attaquer à des rides déjà installées, savoir quels actifs anti-rides ont fait leurs preuves te mènera plus loin que de surveiller le sucrier.
Quel est le poids du sucre par rapport au soleil et à l’âge ?
Comparé au soleil et à l’âge, le sucre est le plus petit levier : les UV sont considérés comme un moteur nettement plus puissant du vieillissement visible du visage que l’alimentation, et le vieillissement chronologique suit son cours de toute façon. La glycation ne s’ajoute d’ailleurs pas simplement à ces facteurs, elle s’entremêle avec eux. Danby décrit comment les UV stimulent en plus la glycation dans la peau. Une étude parue dans le Journal of Clinical Investigation sur le collagène cutané de personnes non diabétiques a en outre montré que les produits de glycation tardifs CML et pentosidine étaient multipliés par cinq entre 20 et 85 ans, en lien étroit avec l’âge. Une grande partie des AGE présents dans le collagène relève donc tout simplement du temps qui passe. Le poids respectif de ces facteurs et ce qui ralentit le vieillissement de la peau, preuves à l’appui, sont présentés dans un article à part.
Au quotidien, cela veut dire qu’en te souciant du sucre tout en exposant ton visage au soleil sans protection, tu agis sur le plus petit levier. Appliquer chaque jour une crème solaire sur le visage reste l’habitude la plus efficace. Le sucre fait plutôt partie des facteurs aggravants, un peu comme ce que le stress chronique fait à ta peau : il y contribue, mais décide rarement seul.
Quels aliments et modes de cuisson apportent le plus d’AGE ?
Ce sont les aliments d’origine animale riches en graisses et en protéines, cuits à chaleur sèche, c’est-à-dire grillés, poêlés, frits ou rôtis, qui apportent le plus d’AGE. Cela peut surprendre, puisqu’il est question de sucre. Mais les AGE arrivent dans l’organisme par deux voies : le corps les fabrique lui-même à partir du sucre présent dans le sang, et ils se forment dans les aliments pendant la cuisson, dans le cadre de la réaction de brunissement. Une étude publiée dans le Journal of the American Dietetic Association a mesuré leur teneur dans de nombreux aliments. Par rapport à l’état cru, la chaleur sèche multipliait la formation de nouveaux AGE par un facteur allant de plus de 10 à 100. Les aliments riches en glucides, comme les légumes, les fruits, les céréales complètes et le lait, en contenaient au contraire relativement peu, même après cuisson. Nguyen et Katta citent eux aussi le gril, la poêle et le rôtissage comme des modes de cuisson qui produisent nettement plus d’AGE que la cuisson à l’eau ou à la vapeur. On ignore toutefois si, chez l’être humain, les AGE alimentaires parviennent en quantité notable jusqu’au collagène de la peau. Le tableau montre donc où se forment beaucoup d’AGE, et non ce qui fait vieillir ta peau.
| Aliment ou mode de cuisson | AGE | Pourquoi |
|---|---|---|
| Aliments d’origine animale riches en graisses et en protéines, grillés, poêlés ou frits | Élevés | La chaleur sèche et une forte teneur en protéines favorisent la réaction de brunissement |
| Les mêmes aliments, bouillis, cuits à la vapeur ou braisés | Nettement plus bas | Chaleur humide, températures plus basses, cuissons plus courtes |
| Légumes, fruits, céréales complètes, lait | Relativement bas, même cuits | Peu de nouveaux AGE malgré les glucides |
| Marinades au jus de citron ou au vinaigre | Freinent leur formation | Les ingrédients acides ralentissent la réaction pendant la cuisson |
| Beaucoup de sucres ajoutés | Agissent dans l’organisme | Plus de sucre dans le sang, c’est plus de matière pour la glycation propre au corps |
Ces mesures donnent une règle de cuisine, pas une cure pour la peau : chaleur humide, cuissons plus courtes, températures plus basses et ingrédients acides réduisaient la formation d’AGE dans les aliments. Que cela se voie sur ta peau n’a pas été étudié.
Manger moins de sucre : qu’est-ce que ta peau y gagne, et qu’est-ce que ça ne change pas ?
Manger moins de sucre réduit la quantité disponible pour une nouvelle glycation, mais n’efface pas les AGE déjà formés et ne remplace pas la protection solaire. Avec un métabolisme sain, l’organisme maintient de toute façon la glycémie dans des limites étroites ; l’effet d’une réduction modérée sur le collagène cutané est donc difficile à mesurer. S’y ajoute la question du rythme : avec une demi-vie de 15 ans, le réseau de fibres se renouvelle si lentement qu’un changement d’alimentation se manifeste, si tant est qu’il se manifeste, sur des années et non sur des semaines. Les photos avant-après prises au bout d’un mois sans sucre ne montrent donc guère un collagène différent, mais plutôt un autre éclairage, une mine différente selon le jour ou une surface de peau plus ou moins hydratée. Aucune étude ne chiffre de combien d’années une peau paraît plus jeune grâce à l’arrêt du sucre. Si tu réduis le sucre, fais-le plutôt pour ta santé en général, et pose tes questions sur ta glycémie à ton médecin de famille.
Ce que manger moins de sucre ne peut pas faire pour ta peau :
- Défaire les liaisons d’un collagène déjà réticulé.
- Compenser le vieillissement cutané dû aux UV.
- Lisser les rides profondes ou combler les contours creusés.
- Remplacer un avis médical si ta glycémie est élevée.
Les crèmes anti-glycation peuvent-elles décoller le collagène déjà soudé ?
Non, une crème ne peut pas décoller un collagène déjà soudé. La glycation touche surtout le collagène du derme, et les AGE sont des composés stables et réticulés que l’organisme lui-même ne dégrade que lentement, en remplaçant le collagène. Pour certaines substances, on se demande si elles pourraient freiner la formation des AGE, mais les données restent pour la plupart préliminaires, et pour une application sur la peau, les études sont rares. Aucun actif cosmétique capable de rompre les liaisons existantes dans le tissu conjonctif n’a été démontré. Même pour l’alimentation, Nguyen et Katta ne parlent que de candidats prometteurs. Une « crème anti-glycation » vend donc avant tout une promesse. Comme pour la question de savoir si le collagène d’une crème peut vraiment pénétrer la peau, l’influence des soins s’arrête à la surface.
Ce que les soins peuvent faire de façon réaliste, c’est améliorer l’aspect de la peau. The Duo, avec son sérum et sa crème, contient 5 % de niacinamide et 2 % de vitamine C sous forme stable d’acide 3-O-éthyl ascorbique ; le sérum y ajoute de l’acide hyaluronique en trois tailles moléculaires, la crème des céramides NP, du squalane et du bakuchiol. Le tout hydrate, soutient la barrière cutanée et favorise un teint plus homogène. Rien ne prouve en revanche qu’il freine la glycation. Pour l’avenir de ta peau, c’est une protection solaire séparée, appliquée la journée, qui fait la plus grande différence.
The Duo ne s’accompagne d’aucune promesse anti-glycation, et c’est voulu. Je serais incapable de la prouver. Une fois formés, les AGE se logent dans le tissu conjonctif, et aucun actif contenu dans une crème ne les y dissout. J’ai choisi deux produits plutôt que huit, et j’ai choisi de publier les concentrations : 5 % de niacinamide, 2 % de vitamine C sous forme stable d’acide 3-O-éthyl ascorbique, 1 % de zinc PCA. Tu sais ainsi ce que tu appliques sur ta peau et tu peux juger toi-même de ce que cela peut faire, et de ce que cela ne peut pas faire. La crème n’a délibérément pas de facteur de protection solaire. Une protection solaire, il t’en faut quand même une, à part, parce qu’en matière de vieillissement cutané, c’est un levier plus important que n’importe quel soin, le nôtre compris. Le rôle de chaque actif du Duo est expliqué en toute transparence sur notre site.
Questions fréquentes
À partir de quel âge la glycation joue-t-elle un rôle ?
La glycation se poursuit toute la vie et ne commence pas à un anniversaire précis. Comme le collagène cutané a une longue durée de vie, les produits finaux s’accumulent pendant des décennies. Dans l’étude du Journal of Clinical Investigation, la fixation précoce du sucre sur le collagène cutané n’augmentait que de 33 % entre 20 et 85 ans, alors que les produits de glycation tardifs étaient multipliés par cinq. Plus le collagène est ancien, plus ils se sont accumulés.
Le fructose des fruits est-il aussi nocif que le sucre de table ?
Pour la glycation elle-même, les deux sucres comptent : Danby cite le glucose et le fructose parmi les sucres qui se lient au collagène et à l’élastine, et le sucre de table est composé des deux. Mais un fruit entier, avec son eau et ses fibres, n’est pas le même aliment que du sucre ajouté. Aucune étude ne montre que les fruits nuisent à la peau.
Est-ce que ça se voit sur la peau quand on arrête le sucre ?
Sur le collagène, à peine, en tout cas pas au bout de quelques semaines. Selon une étude parue dans le Journal of Biological Chemistry, le collagène cutané a une demi-vie de 15 ans : le réseau de fibres se renouvelle donc lentement. Ce qui change en peu de temps sur les photos avant-après a le plus souvent d’autres causes. Aucune étude ne justifie des promesses comme « des années de moins grâce à l’arrêt du sucre ».
La glycation est-elle réversible ?
Seulement tout au début. Les premiers stades intermédiaires entre sucre et protéine peuvent encore se défaire ; les AGE qui leur succèdent sont stables, et certains relient durablement les fibres de collagène. L’organisme ne dégrade ce collagène que lentement, pour le remplacer. Ni l’alimentation ni une crème n’annulent les liaisons existantes. L’alimentation influe tout au plus sur la quantité de sucre disponible pour une nouvelle glycation.
Les édulcorants sont-ils meilleurs pour la peau que le sucre ?
Il n’existe pas d’études solides sur la peau à ce sujet. Les édulcorants sans calories n’augmentent guère la glycémie et ne fournissent donc pas de sucre à la glycation. Mais personne n’a étudié si la peau en profite visiblement. On ne peut donc pas en tirer une raison de remplacer le sucre par des édulcorants pour le bien de sa peau.
Le diabète a-t-il une influence sur la peau ?
Oui. Dans l’étude du Journal of Clinical Investigation, la fixation du sucre sur le collagène cutané était trois fois plus élevée chez les personnes atteintes de diabète de type 1 que chez les personnes non diabétiques. Les modifications de la peau liées au diabète sont l’affaire du médecin de famille, du diabétologue ou du dermatologue, pas d’une routine de soins.
Ai-je besoin d’une crème anti-glycation si j’utilise The Duo ?
Non. Une crème ne dissout pas les AGE déjà formés, quel que soit son nom. The Duo hydrate, soutient la barrière cutanée grâce aux céramides NP et favorise un teint plus homogène. Un effet contre la glycation n’est pas démontré. Si tu veux faire davantage pour ta peau, une protection solaire séparée, appliquée la journée, est un complément plus judicieux qu’un pot de plus.
Sources
- Danby FW. Nutrition and aging skin: sugar and glycation. Clinics in Dermatology, 2010. Source
- Nguyen HP, Katta R. Sugar Sag: Glycation and the Role of Diet in Aging Skin. Skin Therapy Letter, 2015. Source
- Dyer DG, Dunn JA, Thorpe SR, Bailie KE, Lyons TJ, McCance DR et al. Accumulation of Maillard reaction products in skin collagen in diabetes and aging. Journal of Clinical Investigation, 1993. Source
- Verzijl N, DeGroot J, Thorpe SR, Bank RA, Shaw JN, Lyons TJ et al. Effect of collagen turnover on the accumulation of advanced glycation end products. Journal of Biological Chemistry, 2000. Source
- Uribarri J, Woodruff S, Goodman S, Cai W, Chen X, Pyzik R et al. Advanced glycation end products in foods and a practical guide to their reduction in the diet. Journal of the American Dietetic Association, 2010. Source
